Définition de la culture populaire

Culture populaire : le sens du mot

L’expression « culture populaire » recouvre deux sens qui se sont développés au fil du temps. Elle peut désigner des pratiques liées aux classes populaires, transmises dans les familles et les communautés locales. Elle peut aussi qualifier des contenus largement consommés grâce à la presse, à la radio, au cinéma ou à la télévision. Ces deux usages éclairent des réalités différentes : l’un renvoie à une origine sociale, l’autre à une large diffusion.

Populaire au sens de « venant du peuple »

Dans son sens historique, « populaire » renvoie aux pratiques et aux créations des classes populaires, notamment ouvrières, plutôt qu’à leur nombre d’auditeurs ou de lecteurs. Richard Hoggart étudie la culture ouvrière anglaise dans The Uses of Literacy, publié en 1957.

Cette culture prend forme dans des usages collectifs et des traditions transmis au quotidien :

  • Les chansons apprises et reprises en famille ou au travail portent des récits, des accents et des souvenirs propres à une communauté.
  • Les contes racontés oralement transmettent des personnages, des motifs et des façons de parler, adaptés au fil des générations et des lieux.
  • Les fêtes locales réunissent les habitants autour de calendriers, de musiques et de rites ancrés dans la vie d’une communauté.
  • Les pratiques de sociabilité, comme les rencontres de voisinage, entretiennent des formes de solidarité et des habitudes partagées dans les milieux populaires.
  • Hoggart décrit notamment les lectures, les loisirs et les valeurs de la classe ouvrière anglaise, à partir de son expérience et de son analyse.

Ces exemples montrent une culture associée à un milieu social et à ses modes de vie. Son origine sociale ne dit pas, à elle seule, combien de personnes la connaissent ou la pratiquent.

Populaire au sens de « largement diffusé »

À partir du XXe siècle, « populaire » prend aussi le sens de largement accessible et consommé par un vaste public. La presse à grand tirage, la radio, le cinéma puis la télévision diffusent des œuvres et des références communes au-delà de leur lieu ou de leur milieu d’origine.

Ce déplacement s’accentue avec le développement des médias et des industries culturelles : une chanson enregistrée, un film distribué en salles ou une émission radiophonique peut toucher des publics nombreux et géographiquement éloignés. Le terme ne désigne alors pas nécessairement une création issue des classes populaires, mais plutôt son ample circulation.

Dans L’Esprit du temps, publié en 1962, Edgar Morin analyse la culture de masse en France et le rôle des médias dans la diffusion de productions culturelles auprès d’un large public. Son étude contribue à penser un phénomène lié aux formes modernes de production et de circulation, sans réduire ces œuvres à une culture « basse ».

En pratique, vérifiez d’abord si « populaire » indique l’origine sociale d’une pratique ou, au contraire, l’ampleur de sa diffusion : ces deux critères ne se confondent pas.

Culture populaire, culture de masse, culture savante et pop culture

Ces quatre notions se recoupent, mais elles ne désignent pas le même phénomène. Pour les distinguer, on peut examiner qui produit les œuvres, comment elles circulent, quels publics se les approprient et quel sens les chercheurs donnent à chaque terme. Les débats autour de l’industrie culturelle et de la culture légitime ont notamment contribué à préciser ces différences. La pop culture ajoute à cette comparaison le rôle actif des fans.

Tableau comparatif des quatre notions

Les catégories se chevauchent : un film produit par un grand studio relève de l’industrie culturelle, tandis que ses usages par les publics peuvent aussi en faire un objet de pop culture. Le tableau compare les notions selon leur angle principal.

Quatre notions de culture et leurs principaux critères
NotionProducteursDiffusionPublicsExemples génériquesUsages en recherche
Culture populaireGroupes sociaux et communautés qui créent, transmettent ou transforment des pratiques et des formes culturelles.Transmission orale, événements locaux, échanges entre pairs et, selon les cas, médias.Des publics variés, souvent réunis par une pratique, une tradition ou des références communes.Chants de fête, récits transmis, fêtes locales ou expressions humoristiques partagées.Étudier les pratiques culturelles ordinaires, les traditions et les formes d’expression produites ou reprises par les groupes sociaux.
Culture de masseEntreprises et industries culturelles qui produisent des contenus destinés à une large circulation.Production en série et diffusion à grande échelle par le cinéma, la radio, la télévision ou l’édition commerciale.Un public nombreux, atteint par des canaux médiatiques communs, sans être nécessairement homogène.Films distribués en salles, émissions de télévision ou enregistrements musicaux produits pour un vaste marché.Analyser la standardisation et la logique industrielle. Theodor Adorno et Max Horkheimer écrivent leur texte sur l’« industrie culturelle » en 1944 ; il paraît en 1947 dans La Dialectique de la raison.
Culture savante, légitime ou cultivéeInstitutions artistiques, établissements d’enseignement et créateurs reconnus par des instances culturelles.Écoles, musées, salles de concert, maisons d’édition et dispositifs de consécration.Des publics dont les pratiques et les connaissances sont socialement valorisées, avec des écarts d’accès selon les ressources.Peinture exposée au musée, musique de concert ou littérature étudiée dans le cadre scolaire.Ces trois expressions sont proches. Dans La Distinction (1979), Pierre Bourdieu analyse les goûts comme marqueurs de différences sociales et la culture légitime comme une construction sociale.
Pop cultureIndustries du divertissement, créateurs et communautés de fans qui reprennent et font circuler des œuvres.Médias de masse, plateformes numériques, réseaux sociaux et échanges au sein des communautés de fans.Des publics qui peuvent commenter, collectionner, détourner ou prolonger les œuvres reçues.Univers de séries, personnages de cinéma, chansons à succès ou références reprises en ligne.Étudier la circulation des œuvres médiatiques et leur appropriation par les fans, plutôt que leur seule production industrielle.

La culture de masse décrit surtout un mode de production et de diffusion ; la pop culture met davantage l’accent sur la réception et les pratiques des fans. La culture légitime, elle, renvoie aux hiérarchies sociales qui valorisent certaines œuvres et certains goûts.

Où se situe la pop culture

La pop culture est une appellation récente dans son usage courant contemporain, largement marquée par le monde anglo-américain. Elle désigne des produits de la culture de masse — films, séries, musique ou bandes dessinées — lorsque les fans les adoptent et leur donnent une place dans leurs échanges et leurs pratiques. Une œuvre ne se réduit donc pas à sa diffusion commerciale : son univers peut être repris dans des discussions, des collections ou des créations de fans.

Cette appropriation distingue la pop culture de la culture folklorique. Une chanson folklorique se transmet notamment par des traditions locales et des interprétations successives ; une série populaire est généralement produite pour les médias et circule à grande échelle, même si ses admirateurs peuvent ensuite la réinterpréter. Les deux formes peuvent coexister ou s’influencer, mais elles n’ont pas la même origine ni le même mode de circulation.

Pour trancher, demandez-vous d’abord d’où vient la pratique : d’une tradition sociale, d’une industrie de diffusion, d’une institution qui la légitime ou d’une appropriation par des fans. L’origine, le canal de circulation, la reconnaissance sociale et l’engagement des publics fournissent les repères les plus simples.

Comment les chercheurs étudient la culture populaire

Les chercheurs ne limitent pas l’étude culturelle aux œuvres consacrées par les institutions. Ils observent aussi les médias et les pratiques qui occupent une place importante dans la vie quotidienne. Leur analyse porte sur les conditions de production, les usages et les interprétations des publics. Cette approche permet de comprendre pourquoi la valeur d’une œuvre peut changer selon les époques et les milieux.

Les cultural studies

Les cultural studies prennent au sérieux des objets souvent associés au divertissement ou à la vie quotidienne. Elles examinent aussi la manière dont les publics leur donnent un sens dans des contextes sociaux précis.

  • La télévision est étudiée à travers ses programmes, ses genres et ses modes de réception : un feuilleton peut nourrir des discussions familiales autant que des lectures critiques.
  • La musique populaire s’analyse par ses paroles, ses styles et ses circuits d’écoute, mais aussi par les identités et les appartenances qu’elle exprime.
  • Les sous-cultures de jeunesse, comme les scènes punk, attirent l’attention sur les vêtements, les goûts musicaux et les signes par lesquels un groupe se distingue.
  • Les fandoms ne se réduisent pas à l’admiration d’une œuvre : les fans commentent, interprètent et prolongent des récits par des échanges et des créations.
  • Richard Hoggart fonde le Centre for Contemporary Cultural Studies à l’Université de Birmingham en 1964 ; Stuart Hall en devient directeur en 1968.

Cette démarche considère les publics comme des acteurs capables de négocier le sens d’une œuvre, plutôt que comme de simples récepteurs passifs. Une même série télévisée ou chanson peut ainsi être comprise différemment selon les expériences, les générations et les communautés qui s’en emparent.

Une définition qui évolue avec les médias

La frontière entre culture populaire et culture savante n’est pas immuable : elle se déplace lorsque des institutions, des critiques ou des lieux d’enseignement accordent une nouvelle reconnaissance à certaines œuvres. Cette évolution ne transforme pas nécessairement leur public, mais modifie la façon dont elles sont conservées, commentées et transmises.

La bande dessinée, longtemps réduite par certains à une lecture de divertissement, est aujourd’hui également étudiée à l’université et présentée dans des expositions. Le cinéma a lui aussi été reconnu comme un art : les cinémathèques conservent et restaurent des films, tandis que les universités en analysent la mise en scène et l’histoire. Ces exemples montrent que le statut culturel dépend aussi des lieux et des pratiques qui entourent les œuvres.

Pour comprendre une œuvre, mieux vaut donc observer qui la regarde ou la lit, comment elle est utilisée et quelles interprétations elle suscite. L’analyse des usages et de la réception éclaire davantage ces changements qu’un classement définitif entre formes populaires et savantes.

Repères pratiques pour distinguer les notions

Pour comparer ces notions, observez ce que désigne le mot « populaire » dans chaque cas. Il peut renvoyer à une origine sociale ou à une large diffusion. La production, la légitimité culturelle et le rôle des publics apportent d’autres repères. Ces critères permettent de situer une pratique ou un produit culturel sans confondre les catégories.

Repère de lecture

Quatre critères permettent de distinguer les notions sans les réduire à leur public. Le mot « populaire » demande une attention particulière :

  • Pour la culture populaire, vérifiez si le terme renvoie à une origine sociale, à des pratiques du peuple, ou au sens contextuel d’une large diffusion.
  • La culture de masse se reconnaît à la production et à la diffusion à grande échelle, pensées pour rendre des produits culturels accessibles à un vaste public.
  • La culture savante se distingue par la légitimité qui lui est accordée, plutôt que par son volume de diffusion ou le nombre de personnes qui la pratiquent.
  • La pop culture se caractérise par l’appropriation des œuvres et des références par les fans, qui les reprennent et leur donnent une place dans leurs échanges.

Une même référence peut relever de plusieurs catégories selon le critère retenu. Avant toute comparaison, vérifiez le sens donné au mot « populaire » dans son contexte.